En quoi marcher te redonne du pouvoir

Depuis maintenant cinq ans, je vais marcher de façon régulière. Dans cet espace de tous les jours, j’ai d’abord appris à explorer la marche en synchronisant mon souffle sur mes pas. C’était l’intégration de la technique de la marche afghane. Je me suis amusée à découvrir les différents rythmes qu’elle propose, à transiter d’un rythme à l’autre, selon les besoins de mon corps en lien avec les efforts qu’il fournit dans la marche.

Je devais être attentive à ma respiration, parce que la marche afghane demande de rythmer le souffle sur les pas. Je devais compter les rythmes de marche pour les apprendre. Pour te donner une idée, le rythme 4-0-6-0 se fait comme ça: inspire sur 4 pas, expire sur 6 pas. Voilà un bel exemple d’un rythme à découvrir quand tu marches sur un terrain plat ou faux plat, qui régule ton rythme cardiaque et apaise ton système nerveux, entre autres.

Dans la pratique, l’inspiration se fait sur 4 pas, cela donne -inspire (un pas), -inspire (un pas), -inspire (un pas), -inspire (un pas), et l’expiration se fait sur 6 pas, cela donne -expire (un pas), -expire (un pas), -expire (un pas), -expire (un pas), -expire (un pas), -expire (un pas).

J’ai vite compris que je découvrais un style de marche hyper puissant où le souffle était le moteur de l’expérience. J’avais l’impression que mon corps n’avait jamais respiré vraiment! Puis de pas en pas, de jour en jour, j’ai intégré parfaitement la technique et la mécanique des rythmes de la marche. Je n’avais plus besoin de compter mes rythmes, mon corps le faisait tout seul. Et c’est ici que le plaisir s’est intensifié.

Je m’amusais à observer mon souffle en marchant, la qualité de l’air qui entrait en moi. Tantôt rempli de la fraîcheur du matin silencieux, tantôt humide de la rosée de la nuit, tantôt sec avec ses parfums de fruits, etc.. Chaque jour était une nouvelle rencontre, avec une qualité d’air différente. Coûte que coûte, j’allais marcher. Ville pas ville, j’allais marcher. Je sentais vivement que ma force s’intensifiait, je percevais tactilement, depuis l’intérieur du fond de mon ventre, que je construisais mon énergie. Comme une boule de force qui se formait couche sur couche et grossissait, un pas après l’autre. J’étais vraiment stupéfaite, surprise de la nourriture que je découvrais en marchant. L’air me nourrissait! Il me redonnait vie, vigueur, puissance.

Puis un matin, je me suis observée dans la marche. Comme si je me plaçais à côté de moi et que je me regardais marcher. À ce moment, j’ai eu une révélation très touchante. Je me suis aperçue que bien que je me sentais nourrie avec l’air qui entrait en moi gratuitement, ma respiration était toute petite. Comme si j’étais timide de m’offrir de grandes portions d’air. Comme si je me contentais de peu. Juste ce qu’il faut pour survivre. Comme si j’étais toute petite et que je respirais pas trop fort pour laisser plus de place aux autres.

Des larmes chaudes se sont mises à couler sur mes joues. C’est bien vrai, je respire toujours comme ça dans ma vie, que je me suis dit. J’étais très émue de découvrir cela de moi. Je me sentais même gênée avec moi-même de réaliser cela! Voyon!

Puis j’ai continué de marcher. Et dans la marche, j’ai réalisé que la mince portion d’air que je m’offrais correspondait à l’estime que j’avais pour moi. Elle correspondait à la confiance en moi et à la confiance en la vie. Je respirais sous réserve, comme dans ma vie sous réserve, où je me faisais bien petite pour laisser une grande place aux autres en croyant que j’étais aimable et généreuse.

Je percevais bien l’incohérence de ce comportement, qui était en dehors de ma conscience jusqu’à ce matin là. Comme si le fait de respirer pleinement allait rétrécir l’espace des autres! Comme si le fait que je sois là complètement allait nuire à quelqu’un! Voyon! que je me suis dit!

Puis dans la foulée, j’ai décidé en conscience de m’accorder de grandes portions d’air. C’est comment la vie quand je respire de grandes portions d’air? que je me suis demandée. Me voilà partie! En simultané, sur chacun de mes pas, de grandes portions d’air rentraient en moi. Et je respirais l’air comme une assoiffée qui avait manqué d’eau dans le désert! Comme un manque irrassasiable! C’était grandiose! Je me remplissais pour toutes les années passées. En même temps, tout ces sentiments qui montaient en moi, ces sentiments de joie, de grandeurs, de réconfort me permettaient de voir que j’avais vécue toutes ces années passées dans la limite de mon respir inconscient, reflet de ce qui vivait dans mon intérieur. Le goût amer de la petitesse me levait le coeur, me remplissait les poumons de larmes, cela avait vécu en moi, depuis tellement longtemps. L’habitude de la petitesse s’était fait un nid bien chaud dans moi.

Pas question d’en rester là maintenant! que je me suis dit. Et j’ai marché deux fois plus qu’à l’habitude, à grands coups d’air, sur chacun de mes pas. Rapidement sur le chemin, j’ai clairement perçu en moi une certitude grandir, un espace s’ouvrir, un horizon apparaître, plus grand, plus vaste. J’ai clairement senti en moi des noeuds se relâcher, l’envie de prendre cette place qui est là, pour moi, dans moi. Et s’il s’avérait qu’elle soit trop grande, et bien les autres se tasseront. J’avais une envie irrésistible de m’y asseoir. J’embarque dans ma vie! que je me suis dit.

Je me sentais tellement bien. Comme elle s’était bien installée et automatisée en moi, je savais que l’habitude de la petitesse ferait tout pour survivre et que je devais être bien attentive. Je devais être consciente de moi et ma nouvelle attitude dans la marche, pendant un certain temps. Oui parce que madame la petitesse va chercher tous les moyens pour subsister!

Depuis ce jour, je prends de grands bols d’air, je m’accorde cela dans ma marche. Ma vie se transforme. Aujourd’hui, j’ai confiance en moi, j’ai confiance en la vie, de plus en plus, de mieux en mieux. J’ai rehaussée mon estime personnelle et ma valeur. J’utilise ma façon de respirer comme un instrument de mesure pour vérifier que je suis bien dans le bon état d’esprit où je m’accorde le droit de vivre et d’exister pleinement.

Chaque fois que je respire, consciemment, je reprends du pouvoir sur ma vie. Chaque fois que je me relie à mon souffle, je me relie à moi-même. Et quand je maîtrise mon souffle, je maîtrise ma vie.

J’ai repris du pouvoir sur ma vie en marchant. En découvrant mon respir intime. En le reconnaissant. En l’accueillant. Et en choisissant d’explorer c’est comment la vie quand je m’offre de grandes portions d’air dans la marche. Je me suis reconnue moi-même. Je me suis accueillie. Je me suis transformée en marchant. Je suis plus consciente de moi, et moins en proie à vivre selon des mémoires génétiques, ancestrales qui un jour ont déterminé ma façon de voir le monde.

Nous devons remettre en question nos comportements, nos attitudes, nos automatismes. Moi, je fais cela en marchant. C’est dans cette vision que j’ai créé Marcher vers soi, qui est un espace de rencontre, de découverte et d’exploration de soi. Et dans cet espace, j’utilise la marche afghane comme un outil de libération, comme base d’exploration de moi.

Si tu as envie de t’amuser aussi, je te donne les étapes pour retrouver ton pouvoir en marchant:

  1. Observe ta façon de respirer dans la marche. Observe comment tu respires. Observe les qualités de ton souffle. Il est petit, il est grand, il est bloqué, il est court, etc…
  2. Accueille ton observation avec bienveillance. Ta façon de respirer, de prendre ton air, représente des parties de toi qui expriment quelque chose.
  3. Vois comment tu peux respirer mieux, plus grand, comment tu peux rendre ton souffle plus fluide, plus souple. Fais l’expérience de respirer à plein poumons! Vois c’est comment la vie quand tu fais cela. Vois ce qui se révèle à toi.
  4. Met en pratique ce que tu as découvert et permet-toi de respirer pleinement en conscience. Ressens ce que cela crée de nouveau en toi.
  5. Fais-le de façon régulière, sur une période d’au moins 21 jours pour intégrer en toi la nouvelle habitude, le nouveau comportement, la nouvelle attitude que tu choisis de vivre en te permettant de respirer pleinement.
  6. Apprécie d’être vivant, d’être conscient de toi-même, de plus en plus et de mieux en mieux.

Pour t’aider, j’ai bâtie une formation sur 4 niveaux que je mets en ligne maintenant. Il ne reste plus qu’à mettre en place les processus informatiques pour la rendre accessible. Le premier niveau sera disponible dans quelques jours. Il contient tous les éléments essentiels et beaucoup plus pour apprendre la marche afghane. Un outil super puissant, qui te relie à ton souffle et te permet de retrouver force, puissance, aplomb, résilience, enthousiasme, énergie, performance, et tellement plus! Il te permet aussi si tu en as envie, de mieux te connaître, de mieux te reconnaître et te rencontrer.

Au bas de la page, je t’ai mis le lien vers mon calendrier des formations terrain et de la formation de marche afghane en ligne.

Je t’invite à inscrire ton email pour recevoir ma newsletter où je t’informe de la parution de certains articles ou vidéos que je publie sur le blog Marcher vers soi, ou encore des infos privilégiées qui ne peuvent pas faire l’objet d’articles.

De cette manière, tu seras tenu au courant avant tout le monde pour aller lire et regarder des nouveaux conseils et astuces sur la marche afghane et la marche vers soi. Rassure-toi, je ne vais pas inonder ta boîte mail!

Pour terminer, il est tout-à-fait possible de se transformer en marchant, surtout quand ta méthode de marche est hyper puissante et qu’elle t’oblige à être centré en toi, dans ton corps, sur ton souffle et tes pas!

Bonne marche, le corps au grand air, les deux pieds dans la vie!

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Ouvre la porte et réalise ta première marche pèlerine!

Chaque fois que mon pied touche le sol, pendant que mon esprit se repose sur mon coeur accueillant, je reçois le souffle aimant de la nature.
Marie-Jeanne Anctil Marcher vers soi

J’ai souvent été impressionnée par les marches interminables, ces trajets de pèlerins, qui laissaient un mystère et un goût de liberté sur mes lèvres. Un jour, jeune maman, je suis sortie de chez moi tôt le matin et mes pieds nus ont touchés la terre du rang 5 ouest encore humide de rosée céleste.

Un pas devant l’autre, j’étais en quête d’un ressourcement, avant la journée de dévotion que j’allais mener avec mon petit.

L’or du matin touchait les cimes de la montagne, effleurant mes joues de sa douce lumière.

Embrassant la fraîcheur du jour, je marchais sur cette terre qui accueillait mes pieds souples et doux, sans permission. Sans jugement et sans commentaire.

Je vivais la paix de l’aube. Le silence des mots et du monde montait en moi pour accueillir le chant des oiseaux, le vent dans les feuilles et l’eau qui ruisselait discrètement, éveillant la magie des bois.

Cette majestueuse, je lui ouvrais mon être et elle me remplissait, me complétait. Je n’étais plus un individu qui marche sur le chemin bordé d’elle. Il n’y avait plus moi et elle, cette nature brillante de bontés. Il y avait elle en moi et moi en elle. J’étais ses qualités, sa joie, son air, son parfum. Nous étions la vie, ensemble. Nous étions la rosée, le bruissement du matin, nous étions le reflet dorée sur la source, le chuchotement des clapotis sur les roches.

Dans cet élan de reliance consciente, un élan d’amour innocent et naturel pour cette nature généreuse qui se donnait entièrement, avec cette terre qui me portait, et ce rose doré dessinant doucement le bleu du ciel. Je me sentais complète, entière et libre.

Mon coeur, connecté sur la fraîcheur du matin qu’elle émanait, et mon souffle, qui tirait en moi les plus douces effluves des gouttes d’eau des étoiles s’envolant au soleil. Des fragrances divines qu’elle offrait sans réserve, à celui qui était sur le chemin.

Je vivais la paix. La paix de l’amour.

A ce moment, j’ai réalisé ma première marche pèlerine, sans chercher à le faire. À ce moment, j’ai compris que je pouvais marcher autrement. Qu’il suffisait de sortir dehors, sentir mon corps en mouvement, calmer mes pensées et déposer mon esprit sur mon coeur accueillant. Dans le silence de mon être, me relier avec elle, la magnifique, pleine de grâce, et laisser mon coeur s’ouvrir sur la beauté du jour. Puis, percevoir que la beauté du jour vit aussi en moi. Cela est, pour moi, une marche pèlerine. Juste l’autre côté de la porte. Accessible. Tout le temps.

Quand mon esprit est agité, je ne vois pas le monde dans sa vérité. Je suis isolée dans mon corps et dans mon monde. Il y a moi et il y a elle, la magnifique. Il n’y a pas moi en elle et elle en moi. Et je ne vois même plus ses merveilles. Je suis séparée de la vie. Je suis viellie, aigrie. Je suis zombie.

Comment je fais pour me retirer si souvent ces moments de grâce. Comment je fais pour oublier qu’elle est là, la magique. Comment je fais pour parcourir ses chemins sans la voir vraiment. Comment je fais pour amoindrir sa beauté. Comment je fais pour échapper à son accueil fécond. Comment je fais pour échapper à moi-même. Comment je fais pour ne pas me voir.

Je vis dans mes pensées. Mes préoccupations. Mes routines automates. Je vis pour demain en vivant hier. Je vis ma mère, mon père et mes aïeux. Je perds. Je perds mon coeur, mon souffle, ma joie. Je perds ma vie. Je gagne aussi. Je gagne ce que je sais, ce que je crois, ce que je ne sais pas que je crois, je gagne des batailles et des luttes. Je gagne des efforts sans fins. Je m’épuise. Je gagne des inconforts, des douleurs, des doutes.

Et quand je me réveille, j’ouvre la porte, et je sors branlante, brisée. Je la vois, je me sens. Je la regarde, la magnifique. Et je tend ma main innocente vers elle, par amour, par vérité. Parce que je reconnais mes origines en elle. Parce que je sais qu’elle est là. Parce que je me souviens sa bienveillance. Elle me prend dans ses bras, me berce, me caresse, me demande rien. Elle est toujours là, c’est moi qui part ailleurs. Dans mon habitude. Mon habit tue.


Marcher, revenir à la source de soi, avec la magnifique, c’est un art de vivre. C’est l’art de marcher vers soi. Souvent les gens sont étonnés quand je leur dit que je ne fais pas de grandes randos, que je n’ai pas encore marché de chemins pèlerins. C’est parce qu’un matin, jeune maman, j’ai ouvert la porte et j’ai rencontré pour la première fois, le plus beau pèlerinage juste là, de l’autre côté, sur les traces du rang 5 ouest.

N’attend pas, ton Compostelle est déjà là. Ouvre la porte, ouvre les yeux et tranquillise ton esprit. Dis-lui de se reposer sur ton coeur qui l’attend. Et rejoins la magnifique, dans un élan de vérité. Le corps au grand air, les deux pieds dans la vie!

Marie-Jeanne Anctil

Note: Mon calendrier d’activité printemps-été 2019 et mon cours de marche afghane en ligne seront disponibles dès février.

Marcher vers soi

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Travailler votre souffle 1/7

Comment libérer, déployer et définir votre Respir Individuel

Pour créer la marche afghane, Édouard Stiegler, s’est inspiré des travaux du Dr.Hanish et de la façon qu’avaient les nomades afghans de se déplacer sur de très longues distances sans se fatiguer. Je me suis intéressée aux travaux de Hanish, particulièrement à l’Art de la respiration et j’ai décidé de faire revivre ces précieux trésors en dormance.
Hanish a créé une série de 7 exercices de respiration rythmée pour développer, travailler, libérer, déployer et définir son propre souffle. Il propose d’utiliser la respiration en conscience, pour celui qui cherche à se connaître vraiment:

« L’être qui prend en conscience son Respir individuel se libère du Respir maternel qui lui a été transmis à sa naissance par sa mère.  Tant qu’il ne prend pas son propre souffle en main, en conscience, il sera enchaîné dans les mémoires familiales qu’il porte en lui ».

Voir exercice 2, voir exercice 3, Voir exercice 4, voir exercice 5, Voir exercice 6, voir exercice 7,

Marcher libère le coeur en peine

Juste l’espace d’un instant, une parole, un appel, un geste, parfois même une simple pensée et l’eau claire de ta vie devient trouble. À ta perception, le monde est renversé, ton univers s’effondre, il n’y a pas d’issu. C’est le bout du chemin. Le coeur battant à cent, c’est la fin du monde. De ton monde. En cet instant, c’est le champs de bataille dans ton corps. Et nécessairement, quand il y a bataille, il y a réaction. Comment est-ce possible de réagir sainement quand le ciel tombe sur ta tête?
Voilà le tableau d’une mauvaise nouvelle, d’une expérience douloureuse. Mais que se passe-t-il si nous ralentissons la pellicule de ton film? Reprenons. L’événement désagréable se présente à ta conscience. Immédiatement, une pensée surgit, plus vite que ton esprit peut en prendre conscience. Nous dirons que c’est une pensée inconsciente. Elle s’appuie sur ce que tu crois à propos de toi-même, de la vie. Et de cette pensée naît instantanément une émotion contrariante, déplaisante, blessante, destructrice, insupportable, etc. Tout cela se passe très vite, souvent plus vite que ce dont ton esprit peut en être conscient. Alors voilà, l’émotion est née. Nous avons pu observer dans la vie, que tout ce qui naît tend à croitre naturellement, comme un petit être humain fraîchement arrivé dans le monde. Pareil pour l’émotion. À une allure fulgurante, elle s’est emparée de tout ton corps, et ton esprit en est troublé. Plus rien n’existe que ce bouillonnement intérieur qui te donne des crampes, des engourdissement, un rythme cardiaque disharmonieux, bref, ton corps réagit à cette dose immense d’énergie qui envahit ton être tout entier de façon tellement intense que tu crois que tu es fâché, déçu, peiné, etc..
En réalité, si nous ralentissons encore la pellicule de ton film, nous pouvons voir ensemble qu’il y a un instant, tout allait bien dans ta vie, et l’instant d’après, ta vie est en déséquilibre. Il y a bien quelque chose qui s’est passé. Et bien c’est l’émotion qui, comme une goutte d’ancre bleue versée dans un verre d’eau, teinte en bleu tout l’eau contenue dans le verre. Par contre, le verre lui, demeure cristallin. C’est l’eau qu’il contient qui a pris la couleur bleutée. Alors nous pouvons dire que l’émotion est venue prendre possession de toi, comme la goutte d’encre bleue, qu’elle a coloré ton corps et ton esprit de son intensité, de sa nature. Mais regardons bien, tu n’es pas devenu bleu! Alors l’émotion que tu ressens à ce moment, ce n’est pas toi! Quand tu es fâché, ce n’est pas toi qui est fâché. Il est plus juste d’apprendre à reconnaitre l’émotion et te dire qu’il y a de la colère en toi.
Cette façon de reconnaitre l’emprise d’une émotion dans ton corps semble peut-être anodine, mais elle devient utile quand tu cherches à garder ton équilibre. C’est une façon de dissocier l’émotion de ton corps, et de ne plus t’identifier à elle. Alors quand un chagrin envahit ton corps, tu pourras reconnaître et affirmer qu’il y a en toi du chagrin. Cette prise de conscience, cette façon de t’éveiller aux mouvements internes, préserve ton équilibre intérieur. C’est comme si tu ne t’identifie plus au malheur. Quand nous nous identifions au malheur, de façon inconsciente bien sûr, il se trouve que nous attirons encore plus de malheur dans notre vie, puisque c’est le malheur que nous regardons, ressentons, vivons. La reconnaissance de l’émotion à l’intérieur de soi produit par contre une distanciation entre qui nous sommes vraiment et ce malheur qui surgit à l’intérieur de nous. Nous ne sommes plus ce malheur, nous sommes un être humain dans lequel est venu se loger une émotion qui tend à s’expansionner par nature, jusqu’à nous faire croire que nous sommes cet émotion, cette peine, cette souffrance. Elle a pris possession de nous. Nous sommes malheureux.
Maintenant, loin de moi l’idée de refouler l’émotion. Au contraire, il me semble très sain de la vivre pleinement, avec suffisamment de présence en soi pour reconnaître l’emprise qu’elle a sur nous. Grâce à cette conscience de soi, nous pouvons choisir où poser notre regard, notre attention. Quand le regard est focalisé sur le malheur, et bien un autre malheur ne tarde pas à arriver et nous sommes de plus en plus épuisés, dans une suite d’événements désagréables, comme une boucle sans fin, notre vie est pénible et nous ne savons plus comment en sortir.
Par contre, quand notre regard est focalisé à l’intérieur, il est alors possible de voir le jeu de l’émotion qui grandit et choisir de diriger notre attention sur le calme fondamental qu’il y avait en nous avant cet appel, cet événement malheureux, et s’y relier. C’est comme si deux mouvements existaient en simultané à l’intérieur de nous, l’un étant désagréable et prenant beaucoup d’espace, l’autre se trouvant en dessous, sans mot dire, mais contenant l’essence de ce qui fait que nous tenons debout. C’est le mouvement de la vie. Se relier à la vie, c’est apporter sa conscience jusqu’à elle. Même si nous ressentons ce chagrin, cette colère, le fait de se relier coûte que coûte avec la vie en nous, initie un mouvement naturel où elle prend le dessus sur le malheur, c’est-à-dire qu’il perd de la puissance, petit à petit, jusqu’à se dissoudre complètement. À ce moment, nous ne lui auront pas permis de se loger profondément dans nos cellules, nous serons alors maître de nous-mêmes, responsables de nous-mêmes, et de la goutte d’encre bleue qui teinte ou non notre existence. C’est un peu cela je pense, devenir maître de soi-même. Devenir responsable.
Il est donc de notre devoir, de décider fermement où nous pointons notre regard. Le malheur ou bien la vie. La vie qui nous est donné n’est pas le malheur, au contraire, elle respire une douce joie, sans faire de vague, dans nos profondeurs. Elle ne demande rien, mais elle exprime sa joie quand nous la reconnaissons. Les vagues, les tsunamis, les ouragans, sont créés par nos pensées auxquelles est relié notre monde émotionnel… qui a le pouvoir de tout brouiller quand la présence de l’observateur intérieur s’est endormie.
Quand le malheur arrive, parfois il fouette si fort que se relever semble impossible! Soyons gentils avec nous-même. Entraînons-nous maintenant à apprendre à s’observer de l’intérieur et voir le mécanisme qui se joue. Nous serons mieux protégés si un grand malheur devait venir, comme la perte tragique d’un enfant, par exemple.
En s’observant, de plus en plus, dans nos réactions, il devient facile de constater les moments où notre émotion s’empare de nous à notre insu. Nous avons alors manqué de présence. Pas de drame! Une autre occasion se présentera, alors que nous aurons augmenté notre présence observatrice avec vigilance. Et quand il arrivera ce malheur, nous serons plus aguerris pour y faire face.
Dans le feu de l’action d’un événement déplaisant, il est souvent utile de “dézoomer” de la situation pour y voir plus clair, pour retrouver un peu d’espace. Aller marcher, sortir dehors, le corps au grand air, est une action qui pour moi apparaît comme une main tendue, une aide merveilleuse. J’utilise cette action, ce mouvement, ce temps, pour alimenter mon lien avec la vie quand le malheur fait irruption à l’intérieur de moi. Au retour de la marche, à travers laquelle je me suis permis cette attention soutenue avec la vie, le malheur s’est dissous, ou du moins, il ne s’est pas expansionné dans tout mon être. Je suis plus en confiance, en maîtrise de moi, j’ai mon espace, de la résilience, et la perception que j’avais de l’événement au départ s’est assainie.
Je dois dire que je marche d’une façon qui synchronise mon souffle sur mes pas. Cela donne un rythme à la marche et de là naît une oxygénation intense de tout mon corps. Cette façon de marcher est acquise pour moi, alors je porte mon attention sur mon souffle pour me connecter à la vie en moi, pendant que mon corps choisi ses rythmes en fonction de mes capacités pulmonaires et cardiaques, de la cadence de mes pas et du terrain sur lequel je marche. Cette technique de marche porte le nom de marche afghane. Mais peu importe la façon que tu as de marcher, quand tu es effondré, ébranlé, offre-toi une marche, aussi longue que tu en ressens le besoin et avec ton souffle, viens caresser la vie qui est là, dans tes profondeurs, dans tes cellules, et elle remontera à la surface parce que c’est elle que tu auras choisi de regarder.

Quand mon fils a vécu sa première peine d’amour, il est sorti marcher pendant des heures. Il a fait trois fois le tour du village où il habitait. Cette réaction a été salvatrice pour lui. Elle lui a servi d’exutoire pour évacuer le trop plein d’énergie causé par l’émotion. Il est rentré plus calme, plus posé, non sans sa peine mais je voyais qu’un processus sain émergeait en lui.

Je te le redis, quand tu es effondré, ébranlé, offre-toi une marche, aussi longue que tu en ressens le besoin et avec ton souffle, viens caresser la vie qui est là, dans tes profondeurs, dans tes cellules, et elle remontera à la surface parce que c’est elle que tu auras choisi de regarder.

 

La liberté se révèle en marchant, et le marcheur s’éveille à l’amour

La marche afghane c’est quoi?

Ce qui caractérise techniquement la marche afghane, c’est que le souffle est synchronisé sur les pas du marcheur. Il y a donc naissance d’un rythme dans le souffle, plus ou moins rapide, selon la cadence du marcheur, la topographie du terrain et l’objectif de la marche. La respiration ainsi rythmée sur les pas, donne à son tour naissance à une oxygénation supérieure de tout le corps. Que la marche soit pratiquée d’une façon performative ou méditative, il y aura toujours une oxygénation supérieure due à la respiration rythmée. Ce qui engendre un potentiel immense pour travailler, développer, libérer et enfin déployer son souffle en souplesse dans la marche. Et ceci, d’une façon tout à fait naturelle, induite par le rythme, l’oxygénation et la régularité du marcheur.

Il suffit de sortir dehors, le corps au grand air, les 2 pied dans la vie!

 

 

 

 

 

Les origines:

Edouard Stiegler, fondateur de cette façon de marcher, à lui même expérimenté et pratiqué jusqu’à atteindre un haut niveau d’intégration la respiration rythmée, proposée alors par le Dr.Hanish (1844-1936). Passionné de la respiration rythmique et ses bienfaits, Stiegler a été appelé à se rendre en Afghanistan, en différentes occasions, dans le cadre de son travail. Avec plus ou moins une vingtaine d’années d’exploration de l’art de la respiration rythmique, il fut très sensible à la force de ces nomades afghans qui traversaient de longues distances en peu de temps. Dans son livre  » La régénération par la marche afghane », il parle d’une distance de 700 km parcourue en douze jours de marche par ces nomades, et ce, sans fatigue. Il les observa avec attention, curiosité, sensibilité et passion. Ces derniers furent, avec la respiration rythmée, les inspirations de Stiegler dans la création de la marche afghane. De là son appellation!

 

 

 

 

Bienfaits:

La respiration rythmique et l’oxygénation supérieure que procure ce type de marche ouvre la porte sur d’innombrables bienfaits:

physiques: assouplissement de la respiration – amplification de la capacité pulmonaire – régulation du rythme cardiaque – favorise la circulation sanguine, énergétique et lymphatique – régénération cellulaire – la fatigue se transforme en énergie – meilleur sommeil – meilleure digestion – tonus postural – purifie le teint – purifie l’organisme – amplification de la perception sensorielle, etc…

psychologiques: présence à soi et calme intérieur, disposition à recevoir l’inspiration, apaisement du mental, équilibrage de la force vitale, naissance de la bienveillance envers soi et l’environnement, confiance en soi, vivacité d’esprit, clarté, joie de vivre, enthousiasme, etc…

Qui peut marcher?

Absolument tout individu peut pratiquer ce type de marche. Jeunes ou avançant en âge, l’idée de se « mettre en forme » avant de commencer à pratiquer la marche afghane est absolument fausse, bien au contraire! Il suffit de commencer peu à peu, suivant ses propres capacités. La clé d’un bon développement est de bien comprendre la synchronisation du souffle et des pas, en lien avec le respect du rythme du corps. Après, avec la régularité de la marche, la forme s’installe toute seule et les différents rythmes aussi!

Une marche pour performer ou méditer dans l’action?

Il est clair que le fait de synchroniser le souffle au rythme des pas induit une oxygénation intense qui donne naissance à un souffle nouveau. La marche afghane peut être utilisée pour augmenter sa performance. De nombreux athlètes utilisent la respiration rythmée pour acquérir plus d’énergie et de puissance dans le but d’un meilleur rendement. Ce type de marche convient absolument à ceux qui pratiquent la course, le vélo, la randonnée, le patin, les marches pèlerines, la marche nordique, le trekking, bref, elle est un plus en soi qui se marie parfaitement à grand nombre d’activités et techniques.

D’un autre coté, elle peut tout aussi bien être utilisée comme une méditation active. Le marcheur ajoutera alors sa conscience spécifique dans la marche. Dans les deux cas, la présence à soi est un élément qui se place naturellement au centre de la marche. La qualité de présence s’accentue selon la conscience et le but du marcheur. Certains intégreront des suggestions lors de la marche, pour créer un nouveau chemin, de nouvelles habitudes, de nouvelles façons de penser. En ce qui me concerne, j’aime beaucoup inspirer le nouveau, et expirer l’ancien, peut importe que je marche d’un pas rapide ou plus lent. La marche afghane en soi révèle beaucoup sur la façon que l’on perçoit la vie, que l’on se perçoit soi-même. Il suffit de s’observer. Et quand on se voit en face, alors il est possible de décider pour soi-même de changer d’état d’esprit, en conscience, en marchant. Quelle magie, quelle belle façon de se connaître et de se responsabiliser. C’est une marche pleine d’amour et de bienveillance. La marche afghane est sans aucun doute une occasion formidable de développer l’art de marcher vers soi.