La leçon des flamboyantes

Après la moitié d’une année à la Martinique avec ma famille, nous avons rencontré la culture locale, ses habitants simples et accueillants, tantôt bons vivants, tantôt en retrait. Chez certains, nous pouvons sentir comme un écho de servitude caché dans un regard méfiant. Il y a l’homme ouvert, il y a l’homme qui a peur de perdre. Il n’y a rien de plus que des hommes sensibles à leur manière.

Nous avons goûté les saveurs de l’île, tentés quelques mots créoles. Ici la parole est puissante. Parfois elle semble tranchante. Elle est simple avec une profondeur qui rattache à un passé lointain, encore bien vivants dans le coeur des habitants. La terre, le silence, la parole, la mer, l’écoute, sont comme des ondes de ce passé douloureux qui percent les tambours et éclatent leur intensité dans l’air, tansmutés par la force de la nature, avant de rejoindre le coeur de ceux qui écoutent. C’est très beau.

Au travers des couleurs pigmentées de la caraibe, nous avons marché plages, montagnes, villes, sentiers et mangroves. Nous avons rencontré la mer de près, et pour la première fois elle m’est apparue comme un passage entre deux mondes. La grande mystérieuse qui ondule jusque dans mon ventre, quand je prend soin de la recevoir. Elle est la palissade de cette toute petite île. Elle est la sublime avec ses eaux turquoises. Elle est la frayeur avec ses courants fous. Elle est l’affranchie dans mon regard sans fin. Elle est la mère qui comprend, qui prend soin. Elle est la puissance du père sous le vent. Elle est attachante, la mystérieuse.

Nous avons traversé les parfums des fleurs en offrande, les odeurs des herbes qui soignent l’âme. Puis le vent. Le suprême. Le décideur. Que j’ai eu du sentiment pour lui. L’insoupçonnable. J’ai aimé qu’il me traverse. Qu’il touche ma peau, caresse mes joues avec sa chaleur millénaire. Il a fendu les murs devant moi pour voir naître dans la tranchée, un horizon de joie. Je me souviendrai toujours ce moment où il a touché le centre de mon coeur, et soigné ma détresse.

Un soir, nous marchions sur la route de Petite Anse, sous la lune en sourire. En un instant tout a basculé. Les deux pieds sur terre, nous nous sommes retrouvés dans le cosmos. Le noir total nous a fait reconnaître plus finement le murmure des vagues, le vent chaud et le chant perçant des grenouilles, qui nous traversaient le corps. Panne de courant. Dans l’obscurité et le silence agité de la nuit, au coeur des milliers d’étoiles, se sont levées tel des anges sous nos yeux, les flamboyantes. Elles dansaient la vie, comme des feux d’artifices au ralenti. Les émerveillantes allaient rejoindre les étoiles dans le ciel. Moment magique. Le temps s’est arrêté et nous avons  goûté l’essence pure de la nuit, sous la lumière discrète de dizaines de lucioles.

Les enseignements de la nature sont sacrés. Dans les moments de noirceur, où les repères n’existent plus, où l’impression de perdre pied, de perdre tout, d’être seul au monde s’immisce en vertige, je me souviens la lumière dansante des lucioles. Comme des fées étincelles, elles viennent me dire que les étoiles brillent dans le silence aveugle du monde. Et de là, du plus profond de moi, une nouvelle lumière s’allume, plus près de la vérité.

 

 

 

 


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