Si je n’avais pas peur, je ferais quoi?

Si je n’avais pas peur, je ferais quoi?

C’est une invitation à tourner le regard sur soi-même.

C’est le bordel dans le monde.
Et si je n’avais pas peur, je ferais quoi?

Je me suis posée la question en prenant mon café ce matin.
C’est le bordel dans le monde. Si je n’avais pas peur, je ferais quoi?
Quelque chose en moi est croche. Comme si je ne fais pas ce que je voudrais faire…

Si je n’avais pas peur, je ne te dirai même pas ce que je ferais.
Parce qu’en vérité, j’ai peur.
J’ai peur de ce que tu vas dire
J’ai peur de ce que tu vas penser de moi
J’ai peur de perdre ma crédibilité, ma notoriété.
J’ai peur que tu me juges
J’ai même peur de me tromper.

Wo! Que je me suis dit.
Puis le temps a vibré sous ma voix. Comme s’il s’était déplacé. Le passé s’est amené proche de ma tasse, et je me suis vu.
J’ai vu la peur aussi. Je l’ai vu agir en moi. J’ai vu son influence, j’ai vu son pouvoir, j’ai vu sa glue, pis j’ai eu peur.

J’ai eu envie d’écrire.
D’écrire mon histoire avec la peur.
Parce que c’est actuel. La peur.
Aujourd’hui, je ne te parle pas de la marche, je te parle de moi, de nous.

Ça commence comme ça. Je suis petite.

Je n’ai pas conscience que la peur arrive. En un instant, elle s’empare de mon être, en entier.
Elle s’installe. De toute façon je lui donne toute la place.
Elle est reine! chez moi.
Elle s’étend, elle s’étend c’est sa nature. Je ne peux pas lui en vouloir.
Elle est intègre. Elle est elle-même.
Plus elle s’allonge en moi, plus je paralyse. Plus je perds mes moyens.
Elle habite ma pensée, ma poitrine, mon estomac, mes côtes, mes jambes, elle prend possession de moi. Elle me dirige.

Comme plein d’enfants, j’ai peur le soir dans mon lit.
J’ose à peine bouger. Elle me fait imaginer des monstres.
J’ai peur pour vrai, elle décide pour moi.
Les monstres prennent mon cerveau. Contrôlent ma pensée.
Je perd mon pouvoir. Je verrouille la porte. Je m’enferme, je veux me protéger.

Je me sens seule, je me sens loin et j’oublie.
J’oublie d’où je viens.
Je grandis.
Petit à petit, quelque chose en moi se déforme.
Je sens l’écho de la peur qui vit en moi.
Je la reconnais quand elle arrive, mais je ne la contrôle pas.

Je ne discerne plus sa forme, je ne discerne plus comment elle prend forme.
Elle s’installe encore. Je ne vois plus qu’elle.
Elle apparait même en dehors de moi. Elle vient à ma rencontre.
J’avais bien raison d’avoir peur, que je me dis.
Je la nourris. Je l’entretient. Je n’ai pas conscience de moi-même.
Sans le savoir, je fabrique un prochain malheur, qui aura vite fait de me trouver lui aussi.

Un bonheur, un malheur. Un bonheur un malheur.
Un moment donné, je commence à saisir la chanson.
Je grandis.

Je le rencontre régulièrement sur l’échelle du temps de ma vie, le malheur.
Je pense qu’il est en dehors de moi. Des fois je le vois arriver, mais des fois je ne le vois pas.
Je me le prend en pleine face.
Je pense que c’est lui qui me fait mal. Le gros méchant.
Je veux t’en préserver.
Le mal que je ressens en moi, je veux te l’épargner. C’est normal, comme on dit.

Pour te protéger, je réveille ta peur.
Je t’enseigne la méfiance, le doute, la prudence,
je t’enseigne à ne pas t’écouter, parce que moi je sais mieux que toi.
Moi j’ai de l’expérience.
Écoute-moi, fais-moi confiance, je prends soin de toi, je t’aime, je te protège.

Ça marche comme ça le monde. Le monde qui ne se regarde pas reste aveugle.
Le monde, c’est moi.
Je crée la méfiance, je crée le doute, je crée le contrôle, je crée la guerre.
Je contamine le monde. Mais moi je pense bien faire.
Je pense protéger l’amour, mais je contamine le monde sans le savoir.
Je ne sais même pas que je suis contaminée moi-même.
Je suis un porteur asymptômatique.
Je ne me vois pas.

Je suis perdue dans le monde et le monde me fait toujours plus peur.
J’ai peur de souffrir, j’ai peur d’aimer, j’ai peur de mourir, j’ai peur d’échouer.
J’ai peur que tu m’oublies, j’ai peur d’être malade, j’ai peur de déranger,
J’ai peur de déplaire, j’ai peur de ce que je ne connais pas, j’ai peur de manquer le train, j’ai peur d’oublier, j’ai peur des serpents, j’ai peur, et j’ai peur.

Les monstres sont là.
Le temps a passé. Ils seront là demain et les années prochaines.
Je contamine.
Je suis endormie dans la noirceur du malheur qu’il y a en moi.
Sans le savoir,  je le projette sur toi.
Je ne vois pas la force de la peur… qui me déforme, qui me contamine, qui s’étend et qui s’étend…

Et Bang! Un autre malheur.
Mais cette fois-ci, plus cruel, un coup de couteau dans le dos.

Ça me réveille. Je suis expulsée de moi. Sortie de moi, je commence à voir. À me voir.

Quand je vois la peur en moi, j’ai cet étrange sentiment que je commence à vivre.

Quelque chose s’ouvre en moi. C’est différent. C’est intérieur.
On dirait un fil oublié. Un fil qui me rappelle d’où je viens.

Je perçois des filets de lumière, derrière les constructions opaques de la peur dans mon être.
J’observe les filets qui percent les murs de ma conscience,
comme des rayons de soleil qui réchauffent mon visage.
Je reconnais une présence.
Un sentiment doux, donné sans réserve.

C’est l’amour qui est là.
Qui n’est jamais parti. Qui est toujours là. Qui m’attend. Qui brille derrière les murs.
Et quand je le sens, il s’amplifie, comme la peur.
Je n’ai pas peur. Je revis.
Il s’étend dans tout mon être. Je pleure.
Dans cette joie tranquille, je me souviens et je pleure.
Je me reconnais. Je me retrouve. Je me rassemble.
Je goûte. Je respire. Je vis.
Je vois, je sens, je perçois.
La vie. Je l’aime depuis le fond de moi.
La clarté arrive, de plus en plus. Je discerne.

Je perçois comment la peur s’est immiscée en moi.
Je vois son chemin. Elle s’est infiltrée en moi par ma pensée.
Puis l’émotion a pris toute la place, fidèle à sa nature.

J’étais piégée. Par mon ignorance. J’ai laissé la peur prendre possession de moi.
Comme si j’avais perdu mon intelligence. Comme si elle était plus vivante que moi.
Maintenant que je vois, je vois aussi les habitudes que j’ai installées en moi.
Beaucoup, c’est énorme. Des habitudes qui déforment.
C’est fort, c’est gras, ça colle. Comme la peur.

Maintenant je sais. La peur n’est pas réelle. C’est ma pensée qui lui donne forme,
jusqu’à la matérialiser et me donner raison d’avoir eu peur…
Ma pensée crée. La peur crée.

Si je n’avais pas peur, je ferais quoi?
Je vois de mieux en mieux.
Je vois ce qui est faux.
Comme un vampire au soleil, la peur perd sa force et ses constructions s’effondrent,
les unes après les autres.
Je retrouve mon chemin.
Celui du fond de moi, celui qui aime tranquille, sans faire de bruit, loin de mes pensées.

Merci le coup de couteau, merci la claque, merci la vie.
Tu m’as secoué assez fort pour que je m’expulse de moi et je vois plus clair.

Je deviens consciente de ce que je suis, de ce que je crée,
moi, petit grain de sable, parmi des milliards d’êtres humains,
petits grains de sable comme moi, qui créent aussi.
Ensemble, nous peuplons la terre. Ensemble, nous sommes toute une terre.

Si tous les petits grains de sable réunis, ont nourri la peur, comme moi,
imagine la crasse qui nous entoure.
Imagine la boue qu’on a créé.

Je pense qu’on commence à le voir.
Le choc est là.
Les filets de lumière percent les murs noirs de la peur.
On commence à voir.
Les monstres sont là. Les masques tombent.
Regardons-nous.
Le choc est là. Il réveille.

Ça nous prend quoi pour voir? Ça nous prend quoi pour nous voir nous-même?
Un autre virus hyper virulent? Une catastrophe naturelle?
Une autre guerre? Un bombardement de micro-onde?
Des maladies qui font souffrir? De la bouffe empoisonnée?
Des cerveaux qui pensent pour nous?
C’est quoi ça, si ce ne sont pas des constructions de la peur.
De la peur qui fait peur de plus en plus,
et qu’on continue de nourrir, aveuglés dans notre noirceur?

Elle est obèse la peur dans le monde.
Elle pète de partout. C’est affreux. C’est dégoutant.
Oui tu vas me détester.
Peut-être que je me trompe mais ça pue, ça macère, ça infecte, ça pullule.

Nos pensées créent. Depuis toujours.
Quand on commence à voir, on prend nos responsabilités.
Qu’est-ce qu’on choisi de créer?
Faut le voir même quand ça ne fait pas notre affaire. Même quand ça pue.
Faut voir chacun pour soi-même, nettoyer la boue. Laisser entrer la lumière.
La lumière est déjà là. Elle attend juste qu’on lui ouvre la porte.
À qui on donne notre pouvoir? La peur ou bien l’amour.
Honnêtement, pose-toi la question et regarde:

Si je n’avais pas peur, je ferais quoi?
Si je n’avais pas eu peur, qu’est-ce que j’aurais fait?

Tes peurs vont apparaitre. Ça fait des trous dans le mur.
Des filets de lumière vont te faire voir les ombres.
Tu vas pouvoir les identifier. Tu vas voir qu’il y en a plein en toi.
Sur la balance, ça pèse lourd. Faut le voir.
Chacun de nous, petits grains de sable, parmi des milliards de petits grains de sable.
Voyons ce qui se passe vraiment en nous.
Voyons ce qui se passe vraiment dans le monde.

Si je n’avais pas peur de mourir, je n’aurais pas peur de vivre.
Parce qu’il n’y a que la peur qui meurt.
La joie est toujours là, tranquille, en silence, au fond de toi.

MJ

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